La République de Guinée entre dans une phase de transformation économique sans précédent, portée par l’entrée en production du gisement de fer de Simandou fin 2025. Le programme Simandou 2040, structuré autour de cinq piliers stratégiques, fait de la Santé et du Bien-être (Axe 5) une priorité nationale. Face à un système de santé sous-financé où les dépenses publiques ne couvraient que 15,8 % des besoins du PNDS (Plan National de Développement Sanitaire) en 2022, les Sukuk constituent la voie la plus viable pour mobiliser des capitaux islamiques internationaux. Deux instruments se détachent : le Sukuk Ijara et le Sukuk Istisna’a
Le Sukuk Ijara mobilise les actifs sanitaires existants pour financer des projets de rénovation ou d’achats d’équipements et le Sukuk Istisna’a finance la construction d’infrastructures hospitalières neuves. Nous allons dans cet article présenter uniquement le mécanisme de financement par des émissions de Sukuk Ijara. Un second article précisera également en détail celui du contrat Istisna’a.
I. L’urgence sanitaire guinéenne à l’ère Simandou
Le diagnostic sanitaire de la Guinée est saisissant. Les dépenses publiques de santé par habitant s’établissent en moyenne à 3,9 dollars US par an sur les deux dernières décennies. En matière de ressources humaines, la Guinée comptait 8 professionnels de santé pour 10 000 habitants : médecins, infirmiers et sage-femmes confondus contre un minimum de 45 préconisé par l’OMS (Organisation mondiale de la santé) pour garantir une couverture primaire adéquate. Du côté des ménages, la mortalité maternelle reste un défi majeur, estimée à 550 décès pour 100 000 naissances vivantes selon l’UNFPA (Fonds des nations unies pour la population), lors d’un atelier national tenu à Conakry en décembre 2025. Seuls 15 % des établissements disposent d’outils de prévention des infections (Banque mondiale, mai 2025).
La croissance minière offre une fenêtre historique : le FMI (données 2024) projette que Simandou pourrait élever le PIB réel de 26 % d’ici 2030, avec des recettes fiscales supplémentaires pouvant représenter jusqu’à 3 % du PIB par an. Ces flux peuvent servir de socle à des émissions de Sukuk destinées à la santé.
II. Fondements des Sukuk
Les Sukuk sont des certificats financiers islamiques adossés à des actifs réels, conformes aux principes de la finance islamique : interdiction du riba (intérêt), du gharar (incertitude excessive) et du maysir (spéculation). Contrairement à une obligation classique qui représente une créance, un Sukuk confère à son porteur une quote-part de propriété dans l’actif sous-jacent, lui donnant droit aux bénéfices générés par cet actif.
L’industrie mondiale des Sukuk représentait 38,4 % des actifs islamiques en Afrique subsaharienne en 2023, soit 5 milliards de dollars (Islamic Finance development Report 2024). En Afrique de l’Ouest, les états membres de l’UEMOA ont émis plus de 766 milliards de FCFA (1,2 milliard d’euros) en Sukuk souverains sur la BRVM (Bourse régionale des valeurs mobilières des 8 pays de l’UEMOA). La BID (Banque islamique de développement), notée AAA, lève annuellement environ 5 milliards de dollars via les Sukuk pour financer des projets dans ses pays membres, dont la Guinée.
Parmi les 14 structures de Sukuk reconnues par l’AAOIFI, le Sukuk Istisna’a et le Sukuk Ijara sont les deux instruments les plus adaptés au financement d’infrastructures de santé dans un pays émergent. Ils obéissent à des logiques distinctes et complémentaires
III. Comment fonctionne le Sukuk Ijara dans le secteur de la santé ?
Le Sukuk Ijara est une opération de cession-bail appliquée à des bâtiments ou équipements de santé. L’État vend ses actifs, reçoit de l’argent, puis les reloue à lui-même en remboursant progressivement.
Voici comment ça fonctionne concrètement :
Imaginons que la Guinée veut rénover l’hôpital régional de Kindia et acheter des équipements médicaux, par exemple pour 50 millions de dollars mais n’a pas les fonds disponibles.
Étape 1 : L’État transfère ses actifs au SPV (Special Purpose Vehicle)
Le gouvernement cède juridiquement les bâtiments de l’hôpital à une entité financière créée pour l’occasion.
Étape 2 : Le SPV émet les Sukuk et collecte les fonds
Ce SPV émet des certificats d’investissement (les Sukuk) qu’il vend à des investisseurs islamiques (fonds du Golfe, BID et autres). Ces investisseurs achètent les Sukuk, versent les fonds au SPV et deviennent copropriétaires de l’hôpital de Kindia.
Étape 3 : Le SPV paye l’État
Avec l’argent collecté auprès des investisseurs, le SPV rembourse l’Etat pour la cession de l’hôpital, qui reçoit l’argent. Ainsi l’Etat peut financer ses opérations de rénovation et d’achat des équipements.
Étape 4 : Location et paiement des loyers par l’État
Le SPV reloue l’hôpital à l’État guinéen contre des loyers périodiques. L’hôpital continue de fonctionner normalement. L’État paye des loyers à la place d’intérêts et c’est ce qui rend l’opération conforme à la charia. Ces loyers sont versés par le SPV aux investisseurs.
Étape 5 : Rachat et fin de l’opération
Au terme convenu (durée du Sukuk Ijara), l’État rachète l’hôpital pour un prix préfixé selon la structuration du contrat. Il en redevient pleinement propriétaire.
Pourquoi c’est intéressant pour la Guinée ?
Dès la cession des actifs, la Guinée dispose de liquidités pour financer les travaux de réhabilitation, acheter des équipements, former du personnel sans attendre le budget annuel.
Le Sukuk est adossé à un actif réel (l’hôpital), pas à une promesse de remboursement. Il ne pèse pas sur les ratios de dette souveraine de la même façon qu’un emprunt bancaire conventionnel, crucial pour la Guinée dont le ratio dette/PIB est déjà à 44 % en 2025.
Les fonds souverains saoudiens, émiratis ou koweitiens, ainsi que la BID, cherchent activement des placements charia compliance dans des pays en développement. La Guinée ouvre ainsi un canal de financement qui lui était jusqu’ici fermé. Le Sénégal et la Côte d’Ivoire l’ont déjà fait avec succès. La Guinée n’a pas besoin d’innover elle peut s’appuyer sur des modèles existants et connus des investisseurs.
Conditions de réussite et points de vigilance :
Pour que l’émission de Sukuk Ijara produise un impact durable et reste attractive pour les investisseurs, quelques prérequis doivent être anticipés dès la structuration :
• Cadre juridique et fiscal clair (cessions d’actifs publics, baux, sûretés, traitement fiscal des
loyers) et documentation contractuelle standardisée.
• Gouvernance robuste du SPV : transparence des flux, comptes dédiés, audits réguliers et
reporting aux investisseurs.
• Qualité des actifs sous-jacents : titres de propriété sécurisés, valorisation indépendante,
assurance/takaful et plan de maintenance pour préserver la valeur de l’actif.
• Capacité budgétaire à honorer les loyers sur la durée : intégration dans la programmation
budgétaire pluriannuelle et mécanismes de sécurisation des paiements.
• Conformité charia : avis d’un comité charia (Sharia board) et conformité AAOIFI/IFSB pour
limiter les risques de contestation et faciliter la distribution internationale.
• Affectation mesurable des fonds (rénovation, équipements, formation) avec indicateurs de
résultats sanitaires pour démontrer l’impact et renforcer la confiance.
Conclusion
En mobilisant des actifs sanitaires existants, le Sukuk Ijara permet à la Guinée d’accélérer la
modernisation de son système de santé sans attendre les cycles budgétaires, tout en attirant une base d’investisseurs islamiques à la recherche de projets adossés à l’économie réelle. Bien structuré, il peut compléter les financements classiques et contribuer à aligner les ambitions de Simandou 2040 avec des résultats sanitaires mesurables. La prochaine étape consiste à identifier un portefeuille d’actifs éligibles, sécuriser le cadre juridique et préparer une opération pilote.
Mohamed Kefing KABA, Fondateur de Saniya Conseil, cabinet de conseil et de formation en finance islamique et entrepreneuriat – Site Web : saniyaconseil.com
Doctorant en finance islamique et Marketing



















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